Nathalie, Une guerrière en chemin

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La guerrière au cœur tendre et aux pieds sensibles

Je suis partie comme on entre en rituel, en guerrière.
Ancrée dans mon expérience, solide dans mes pas, habitée par cette
certitude tranquille : je connais la marche, je connais les chemins et je
vais ouvrir la voie pour ceux que j’accompagne.

Le Piémont pyrénéen, le GR78, qui passe tout près de chez moi, s’est offert
à moi comme une promesse : huit jours de traversée, de souffle, de voyage
au rythme du pas dans la nature si vivifiante.

Avec moi, il y avait D. Elle se reconnaitra. Elle qui n’avait jamais marché
autant, qui aspirait à se reconnecter à la nature et découvrir un GR;
elle qui s’aventurait, peut-être avec un peu d’appréhension, là où moi je
me sentais experte.
Je pensais l’accompagner, la guider.

Le jour du départ, la magie a opéré, le soleil était au rendez-vous, les
fleurs de toutes les couleurs égayaient nos pas.

Les paysages somptueux déroulaient leurs horizons, vastes et silencieux.
Les bruits de la nature devenaient langage : le vent dans les branches
arbres, le chant joyeux des oiseaux, les bruits discrets du vivant.
J’avançais, reliée.

Les rencontres aussi avaient une âme.
Les papillons venaient me murmurer la légèreté et la transformation.
Les moutons me parlaient de l’appartenance, du calme, les vaches et leurs
veaux de la renaissance et du printemps.

Les chevaux me rappelaient la puissance libre, instinctive.

Une biche nous a honorées en chemin et dans le ciel, le milan rouge traçait
des cercles comme un appel à voir plus loin.

Je marchais, vivante, alignée dans mon souffle et mon rythme.

Puis au bout de quelques heures seulement, mon corps a parlé. D’abord
doucement puis plus fort.

Mes pieds, mes appuis, ont commencé à brûler, à tirer, à me lancer.

La guerrière en moi a voulu continuer.
Parce que je savais.
Parce que j’avais déjà traversé.
Parce que je ne voulais pas m’arrêter.

J’ai marché, marché, médité, cherché le Sens, le signe, la symbolique, la
clef émotionnelle, le langage du corps.

Mais la douleur était bien là, insistante, persistante.

Et là, quelque chose s’est déplacé.

Car mes pieds ne racontaient pas seulement une blessure physique.
Ils murmuraient autre chose : les peurs à dépasser, mon manque de confiance
à regarder en face, le doute que je puisse accompagner un groupe, cet élan
parfois trop rapide à tempérer.

J’ai cru naïvement que la douleur passerait parce que j’avais conscience de
ce que mes pieds me demandaient. Qu’en était-il vraiment ? fallait-il
ralentir, écouter, ressentir, respirer, nettoyer, faire circuler, renoncer
???

J’ai pris soin, le soir dans les gîtes, de mes pieds enflammés et cru que
le matin, les douleurs auraient disparu comme tant d’autres que la nuit
répare. C’était plus fort, plus lancinant chaque jour.

Et dès ce moment-là, les rôles se sont inversés.

Elle qui n’avait jamais marché sur les chemins du Piémont, est devenue
présence, soutien. Elle m’a accompagnée dans mon monologue sur ma
douleur, la symbolique, avec son écoute délicate, et la douceur d’une amie.

Elle ne m’a pas jugée, ni fait preuve de compassion exagérée. Elle a
simplement été là.

Et j’ai ouvert mon coeur. L’ouverture m’a permis d’y voir clair.

Je me suis souvenue de cette phrase de Georges Duhamel : celui qui parvient
à se représenter la souffrance des autres a déjà parcouru la première étape
sur le difficile chemin de son devoir.

Moi, qui guide, qui accompagne, qui ouvre des chemins…pouvais-je vraiment
comprendre sans passer par là ?

Dans cette douleur, j’ai touché quelque chose de plus grand : la
compassion, la vraie. Celle qui ne se pense pas, mais qui se vit dans la
chair.

J’ai compris ma vulnérabilité, mes doutes et j’ai compris aussi que
parfois, ceux que l’on pense accompagner, sont ceux qui nous portent.

Pour autant, la plus grande épreuve n’a pas été la douleur mais la décision
: s’arrêter, renoncer à aller jusqu’au bout, rentrer, quitter la sensation
de liberté, le bonheur de marcher et de s’expanser au fur et à mesure du
chemin, faire taire mon égo.

Accepter de vivre, cette fin de chemin, non pas comme un échec, mais comme
un acte de respect, de compassion, d’amour de moi.

La guerrière en moi n’a pas disparu, elle s’est transformée.

J’ai appris que ma véritable force n’est pas de voir un échec dans la
souffrance, mais de l’entendre et savoir m’arrêter.

Je peux accueillir, que si mes pieds, parfois, ne portent plus, c’est parce
que j’ai peur, et qu’il est temps de revenir à l’essentiel (mon Est Sens
Ciel).

Prendre soin de mes propres blessures est toujours la première étape pour
accompagner pleinement celles des autres.

Alors, je suis rentrée, nous sommes rentrées.
J’ai soigné mes pieds, médité.

J’ai écouté la musique et lu les oracles, intégré le sens des messages
reçus, apaisé mon égo, ouvert mon cœur au son des chants du monde.

Et dans cet interstice, une autre marche a commencé.

Comme l’écrivait Konrad Lorenz : Vouloir écarter de sa route toute
souffrance, signifie se soustraire à une part essentielle de la vie
humaine.

J’apprends à accueillir la souffrance non comme une ennemie à fuir, mais
comme une initiatrice.

Elle ne vient pas arrêter mon chemin, elle vient l’approfondir.
C’est en la traversant, en la reconnaissant, en l’honorant, en
accueillant la douceur d’une autre (merci à toi, D. mon Autre) que je
deviens pleinement humaine et pleinement guide.

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